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La fiction française fait Débat

Article du numéro 865 d’ECRAN TOTAL

Le jeudi 22 septembre 2011 par Nlcolas Launay

Pour la première fois, le festival de la fiction a réuni tous ceux qui concourent à la création et à la fabrication de la fiction française ainsi que tous les responsables des grandes chaînes.

L’événement du Festival de La Rochelle a été le grand débat au cours duquel - et c’est une première - les représentants des différents métiers concourant à la fiction française ont présenté aux responsables de la fiction des grandes chaînes hertziennes "historiques" les conclusions des ateliers de réflexion auxquels ils ont participé. En guise d’introduction, Pierre-Antoine Coutant, ingénieur du son, a notamment souligné le "paradoxe" français : "Nous sommes un pays dont le savoir- faire des équipes est reconnu, qui a les quotas les plus stricts, et pourtant c’est le seul où la fiction américaine domine la fiction nationale. La fiction française est donc en crise. Cette crise a selon nous trois causes : une perte de confiance des diffuseurs, ce qui les amène à s’ingérer dans le détail à tous les stades, depuis l’écriture jusqu’à la postproduction. Une peur des diffuseurs de prendre des risques, ce qui les amène à vouloir rééditer ce qui a marché et à ne vouloir déplaire à aucun public. Un décalage entre la fiction et la réalité de la société française". Et de conclure : "La fiction française est-elle en phase terminale ou a-t-on encore envie de se battre ?" Puis, tous les corps de métier ont expliqué ce qui, à leurs yeux, fonctionnait mal. Ainsi, un monteur, un compositeur, un décorateur, un premier assistant, un réalisateur et un scénariste ont décrit les défauts du processus. En règle générale, ils interviennent trop tard, n’ont pas assez, voire pas du tout de rapport les uns avec les autres, alors que ce serait indispensable, ferait gagner du temps et éviterait les gaspillages.

Ainsi, selon Jérémie Patier, premier assistant, le temps de préparation est trop court et s’appuie sur des textes encore mal équilibrés. D’où un plan de tournage qui manque souvent de cohérence et empêche de bloquer suffisamment à l’avance les seconds rôles qui correspondent le mieux. Or ceux-ci sont un élément essentiel de la qualité des fictions. Tous les intervenants demandent des réunions de débriefings après la diffusion pour analyser avec la chaîne ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. "J’ai le sentiment d’entendre les mêmes critiques qu’il y a trois ans", répond Nathalie Laurent, directrice de la fiction de TF1. "Or, à TF1, nous sommes sortis de la crise. Nos fictions sont bien en place et marchent bien. " Thierry Sorel, directeur de la fiction de France 2, est plus nuancé : "C’est vrai que je ressens une angoisse et une inquiétude de la profession. Nos histoires ne sont pas suffisamment efficaces. Mais il n’y a pas de raison pour que nous n’arrivions pas à faire aussi bien que les pays étrangers." Anne Holmes, de France 3, fait un "triste constat" : "Personne n’est content". Elle affirme être ouverte à l’innovation et se rend compte que par¬fois il n’y a pas assez de travail, parce que les scénaristes et les réalisateurs participent souvent à plu¬sieurs projets à la fois. Fabrice de la Patellière estime que Canal + n’est pas touché par la crise. "Nous essayons de faire une fiction inscrite dans la réalité, sur des sujets différents des autres chaînes et racontés différemment. Il n’y a pas de crise de confiance mais je me sens légitime à intervenir." Judith Louis, nouvelle directrice de la fiction d’Arte rejoint les autres diffuseurs. "J’ai toujours trouvé que le scénariste et le monteur ne se voyaient pas beaucoup, ce qui est dommage, car ils concourent aux deux écritures du film". Julien Dewolf de M6 est d’accord pour discuter des problèmes d’interventionnisme mais estime que l’organisation du travail des différents acteurs de la chaîne de fabrication dépend du producteur.

Financer des pilotes

En conclusion le producteur Alain Clert a proposé au nom des ateliers la création d’un fonds pour financer des pilotes de séries qui réunirait un producteur, un scénariste et un réalisateur mais pas de chaînes. Un comité sélectionnerait les projets. Le fonds aurait plu¬sieurs sources de financement et chacun ferait un effort pour réduire le budget de chaque pilote. Les diffuseurs ont plutôt manifesté leur scepticisme, ne voyant pas ce que cela changerait par rapport au fonds d’innovation : "Cela veut dire que nous ne savons pas lire un scénario", ajoute Anne Holmes. Bénédicte Lesage (Mascaret Films) a souligné que si on développait le nombre de séries au détriment des unitaires il y aurait moins de producteurs et plus du chômage pour une partie des techniciens. Laurence Bachman (Barjac Productions) propose à ses confrères indépendants de se "mutualiser" pour répondre aux pressions de la concentration.

Article de Serge siritzky

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