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PROJECTION avec SON EN RELIEF DU FILM « Je vous écris du Havre... »

Compte rendu du 19 janvier 2011

Le lundi 31 janvier 2011 par Jean-Marc L’hotel

Cette première projection en Relief Sonore du film documentaire de Françoise Poulin Jacob, au 6b dans le cadre de la 8 ème Semaine du Son, bien que totalement inédite s’est toujours voulue être un point de départ et non une conclusion. Une espèce de porte que nous souhaitions ouvrir sur un monde nouveau : la composante verticale du son.

Même à l’heure du cinéma 3D, nous devons, sur le plan de la narration sonore, faire face à de nombreuses réticences, à des peurs plus ou moins formulées clairement. Peur que la bande son nous fasse sortir le spectateur de l’histoire, pour cause d’incohérence entre l’espace sonore crée et ce que nous voyons à l’image. Peur que la bande son nous empêche de rentrer dans l’histoire pour cause de distraction à l’écoute d’informations non visibles dont la compréhension mobiliserait trop notre cerveau. Peur que la bande son ne devienne prédominante et envahissante. Peur que le « sweet spot » soit extrêmement réduit. Peur que tous les spectateurs n’entendent pas le même film. Peur que tout cela nous entraine dans un déballage technique disproportionné.

Il est intéressant de constater que tout comme pour le développement du 5.1 nous nous heurtons à des formulations théoriques qui ne sont, bien souvent, que la justification d’ incapacités techniques. Pourtant, la réflexion collective progresse, c’est indéniable. Partis d’une diffusion horizontale, il devient déjà presque indiscutable, depuis le dernier Forum International du Son Multicanal, de considérer que le carré des enceintes entourant l’écran, permet une plus grande richesse sonore. De là à considérer que la duplication de ce carré à l’arrière de la salle s’impose logiquement est un pas que certains d’entre nous ont déjà franchi allégrement.

Le 19 janvier, au 6b, les spectateurs de cette diffusion en Cube, ont voulu vivre l’expérience avec nous , afin de vérifier : si nous étions devant une réelle avancée technique si ce mode de narration sonore enrichissait l’histoire si le principe de base du cinéma était respecté ; prendre du plaisir à être entrainés dans un univers Entre la diffusion de test du 02 décembre et celle du 19 janvier ; 150 personnes ont vu le film dans ce format. Si une classification schématique est possible, les visiteurs pouvaient être regroupés en 3 familles : les professionnels du son, les réalisateurs (rices), les amateurs de cinéma. A la lecture de leurs réactions, je suis convaincu que nous ne nous sommes pas trompés de route. Il y a à mon sens, aujourd’hui, plus d’avenir à plonger un spectateur dans un univers sonore en relief, qu’à l’immerger dans une image 3D au moyen d’accessoires mécaniques.



Voici donc quelques réactions écrites. Je me doute fort bien que les critiques et questionnements mettront un peu de temps à être formulés. En tout cas, malgré les nombreux points à améliorer évoqués à la sortie de la projection, nous ne bouderons pas notre plaisir.

Françoise Poulin Jacob / Réalisatrice du film

Quand j’ai proposé à Jean-Marc L’Hotel de travailler sur ce film, il m’a très vite parlé de son en relief. J’avoue avoir été frileuse au départ car je ne voulais pas transformer ce projet en expérience technique. Mais il a su me convaincre et je lui ai donné carte blanche. Mercredi 19 janvier au 6B à Saint-Denis, j’ai redécouvert mon film avec le son en relief. J’avoue que mes craintes se sont envolées. Pas de violence ni d’agression dans la spatialisation du son mais quelque chose de doux et d’enveloppant qui vous place au centre de la narration. J’avais lors de la préparation du film, passé beaucoup de temps à « penser » le son, les ambiances, les éléments ponctuels, les interventions, la voix off et la musique. Tout cela devait s’imbriquer de façon à former un récit sonore à part entière. Jean-Marc a vite compris que le son en relief serait le dispositif idéal et le résultat est à la hauteur de nos espérances, c’est-à-dire très haut.

Gilles Radenac / Réalisateur de films documentaires

Le son en relief, créé autour du film, apporte une dimension nouvelle, celle d’un univers ou le spectateur "flotte" au milieu des rues, des conversations, des espaces … Plus question de s’évader, le spectateur n’est plus distant, mais au centre de l’image/son. Les ambiances sonores, les cris, les dialogues qui nous parviennent de l’arrière nous immergent au milieu de l’image . L’univers sonore n’agresse pas l’oreille, moult détails de sons nous parviennent, nous fixant dans l’espace urbain, sans nous lâcher une seconde. Il suffit alors, d’écouter la voix de la narratrice et physiquement, on est partie prenante de l’histoire. Il n’y a plus d’archives, de cartes postales, de voix, d’ambiances, mais un film d’une grande complétude avec une image/son en osmose avec la narration : Implication immédiate et définitive du spectateur dans l’univers du film. La réalité est que le son en relief existe sur ce film et qu’il apporte un + à ce cinéma du réel. l’environnement sonore créé dégage une atmosphère qui accroit l’intérêt et la crédibilité de ce doc.

Yves C. / Chef Opérateur du Son

Pour ma part, la raison pour laquelle je suis venu à la projection était de comprendre plus précisément ce que l’on entendait par "relief sonore" ou "son en relief". J’ai donc compris qu’il s’agit de l’ouverture verticale du son avec l’ambition de nous placer par le son dans l’espace de l’image. Ce qui est effectivement très différent que de simplement renforcer l’espace de l’image par un "simple" élargissement. Pari tenu ! Ce qui me manque dans l’élargissement traditionnel (5.1) est bien là : rentrer par le son dans l’image. J’ai eu la sensation de me balader dans la ville du Havre. J’ai toujours pensé que le son était le vrai relief de l’image. Dans cette expérience, c’est évident. Moi qui suis un adepte de la stimulation de l’imagination, par le son notamment, le mono me suffit souvent. Les vieux films mono sont là pour en témoigner. Mais j’avoue que le relief sonore a augmenté cet aspect, finalement. Ce que ne fait pas, à mon sens, le relief de l’image qui n’apporte que de la sensation en plus au détriment de l’imagination et de ce que j’appelle l’aspect littéraire du film. La participation sonore ne m’a pas semblé illustrer l’image par réalisme. Elle m’est apparue comme un élément d’écriture, de mise en scène, au même titre que le reste. Et sans rien enlever à l’aspect "littéraire" du film, c’est à dire que le film n’est pas devenu pour autant un pur objet à sensation. Je pense que c’est ce dernier aspect qu’il faut travailler en accompagnement du son en relief. Celui- ci permet d’inscrire davantage le son d’un film dans le projet de mise en scène. J’aimerais tellement que le chef op son fasse partie de l’équipe de mise en scène, au même titre que le directeur photo, la scripte et le premier assistant. Le son en relief encourage ce positionnement. C’est un gros travail puisqu’il doit trouver une continuité de la prise de son à sa diffusion. Je me demande si cette idée est applicable à tous les films. Mais si ce documentaire semble l’objet idéal, c’est aussi parce que le travail est réussi.

Philippe B. / Chef Opérateur du Son

Merci encore pour nous avoir reçu hier soir au 6b que nous avons découvert à cette occasion. Martine et moi mesurons sans difficulté l’énergie que toi, Alain Parmentier et quelques autres avez du déployer pour cette projection. Cela aura été aussi l’occasion de faire connaissance avec Klaus Blasquiz, autre passionné du son s’il en est !

Concernant la bande son de "Je vous écris du Havre", nous avons apprécié sa construction originale. Très décalée par rapport à l’image, elle est une narration complémentaire au montage de celle-ci. Le lien entre ces deux montages parallèles est la voix off plus classique mais "interprétée" avec talent. Je ne doute pas de ta force de persuasion mais tu as eu de la chance d’avoir cette liberté de la part de Françoise Poulin-Jacob.

Peux-tu me confirmer que tous les enregistrements ont été réalisés avec un ou deux Soundfield ST350 ? Avec ensuite, bien entendu, un patient travail de dématriçage, montage, mixage, etc. Dans ce cas, c’est un beau plaidoyer pour l’emploi du format B en tournage de sons seuls. Si je comprends bien, l’originalité de la soirée d’hier était de permettre la diffusion de la composante verticale (bi H/B du format B) du son en avant et en arrière de la salle. Ce qui serait impossible avec d’autres systèmes de captation multicanal. Pour le reste, pouvoir diffuser des sons frontaux, latéraux ou arrière est un mode maintenant classique, au moins en cinéma. Tout dépend après des captations et de la post production effectuées.

Maguy Koné / Amoureuse du cinéma

Nous ne faisons pas partie du sérail mais je peux juste te dire combien cette projection était différente. J’ai aimé les images belles et le texte magnifiquement servi par la voix de Dominque Rémond. Mais le plaisir réel fut d’entendre , d’écouter, de se laisser porter par les sons typiquement Havrais . On était entourés des « bruits » naturel non comme parasites mais plutôt comme ambiance porteuse , Ces sons en relief nous enveloppaient et nous aidaient à pénétrer dans Le Havre. Excellente expérience que je souhaiterais bien reproduire lors d’autres projections plus fréquentes.

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